Chronique d’une étudiante sur Projet Virage

Auteur: 
Mélina Raymond

Projet Virage. Un projet prometteur qui a tourné au vinaigre. Plusieurs se demandent pour quelles raisons, en fait. Comment une initiative engagée et rassembleuse, comportant de si belles idées, a pris un tel tournant? Dû aux différentes informations qui ont été véhiculées, une certaine confusion est palpable et des opinions divergentes sur le sujet ont émergées. Je vais tenter de démystifier la situation et d’éclaircir certains points nébuleux, tout en étant consciente de ma propre subjectivité, ayant été moi-même au coeur du projet. Néanmoins, je désire expliquer quelques éléments importants qui ont été plus ou moins divulgués, que ce soit à mes camarades de classe, aux personnes interviewées dans le documentaire ou encore aux individus tout simplement intéressé.es par le projet.

 

Tout d’abord, qu’est-ce que Projet Virage? À la base, il s’agissait d’un projet pour redonner l’envie aux 18-34 ans d’aller voter. En 2004, seulement 30% des gens de cette tranche d’âge allaient voter. La situation ne s’est pas améliorée depuis. Devant cette problématique, un enseignant en philosophie du Cégep de Sherbrooke a décidé de faire quelque chose. Qu’est-ce qui redonnerait aux jeunes l’envie d’aller voter? D’aller attendre le résultat des élections comme dans les années 1970? Avec ses quatre groupes du troisième cours de philosophie, Éthique et Politique, l’enseignant décide de se pencher sur la question. Il envisage de faire un documentaire où des personnalités publiques avec une opinion solide seraient interviewées. Les dissertations des étudiant.es, portant sur des enjeux actuels, serviraient à orienter le documentaire et à lui donner du contenu, tout ça dans l’objectif d’encourager les jeunes à aller voter en leur dévoilant les problèmes de la société. Les étudiant.es intéressé.es à participer au documentaire avaient la possibilité de s’impliquer de manière plus accrue dans le projet, soit en effectuant de la recherche, en filmant les entrevues, en effectuant le logo du documentaire ou encore en montant un site web. Un projet fait par les étudiant.es, pour les étudiant.es, comportant leurs idées.

 

Jusque là, tout va bien. Un projet excitant, qui sort de l’ordinaire et qui vise à «raviver le feu». Tout pour enthousiasmer des étudiant.es dans un cours de philo. Cependant, une imperturbable évolution du projet de base a totalement changé la donne.

 

À première vue, le changement n’a pas été si subtil. L’idée de parti politique a été dévoilée quelques temps après l’annonce du projet, sans mettre de gants blancs. La question de «simulation» n’a jamais été mentionnée. Véhicule politique, programme politique, congrès politique, parti politique… Que de mots pour désigner la tournure que prenait le projet. Aux dires de l’enseignant, ceux et celles qui désiraient s’impliquer dans le parti le ferait au-dehors du cadre de son cours. Malgré cela, la création du parti se faisait à l’intérieur de son cours. Lors du congrès politique, le 2 mai 2018, auquel étaient tenus d’assister les étudiant.es, car quelques points étaient en jeu, ce fut le programme préétabli de l’enseignant qui fut présenté. Les étudiant.es pouvaient débattre de ces points, fort.es de l’expertise engendrée par leurs recherches dans l’écriture de leurs dissertations, et forger «leur» parti politique en quelques heures à peine sous l’animation très participative de l’enseignant. À d’autres occasions, par exemple lors du visionnement du documentaire dans la salle Alfred-Desrochers au Cégep de Sherbrooke, le 17 mai dernier, les étudiant.es étaient contraint.es d’être présent.es et pouvaient même y apporter des invités pour quelques points bonis. De plus, après le congrès et le visionnement du documentaire, il était possible de signer des fiches de membre officielles du Directeur Général des Élections du Québec pour mener à la création du parti politique. Je cherche encore où se cache la simulation dans cette situation.

 

Un autre aspect nébuleux du projet est l’argent. En effet, le manque de transparence qui l’englobe est plus visible dans la comptabilité. Diverses activités de financement, telles que la vente de boissons et de grignotines lors du congrès et de la soirée du visionnement, la vente de billets pour une conférence obligatoire ou encore le 750$ demandé à l’Association étudiante dans le cadre d’un projet spécial, ont été effectuées dans le but de financer le documentaire. Selon les dires de l’enseignant, autour de 1000$ auraient été recueilli uniquement par la vente des billets pour la conférence. Néanmoins, personne n’est au courant de la somme d’argent totale amassée par tous les moyens de financement. Personne ne sait où est passé tout cet argent, car, selon les propos tenus par l’enseignant, aucune comptabilité n’aurait été tenue. Puisqu’il s’agit d’un projet par et pour les étudiant.es, n’aurait-il pas été justifié que nous soyons mis au courant des finances du projet?

 

Malgré tout, personne n’a rien dit, moi y comprise. Peut-être parce que peu y croyaient vraiment, ou parce que, au contraire, les idées présentées étaient trop géniales, ou encore par peur de s’attirer les foudres de l’enseignant? Je n’en sais rien. Personnellement, ça m’a pris du temps, beaucoup de temps, avant d’avoir un regard d’ensemble sur la situation.

 

Je fait partie des trois personnes qui ont fait le documentaire. Nous avons tourné 13 entrevues en deux mois et monté un documentaire d’une cinquantaine de minutes en une semaine et demie. J’ai investi du temps, beaucoup de temps dans le documentaire, au détriment de ma fin de session, de mon DEC ainsi que de ma santé physique et mentale. Ces précisions ne sont pas futiles. J’ai aimé travaillé sur ce documentaire et il compte à mes yeux.

 

Ainsi, le 17 mai 2018 est projeté, à la salle Alfred-Desrochers du Cégep de Sherbrooke, le documentaire intitulé Projet Virage. Par contre, après le visionnement, j’ai commencé à m’apercevoir de quelques petits détails. Le manque de transparence, les démarches pour faire naître le parti politique, les informations qui divergent d’une personne à l’autre...mais surtout, une succession d’éléments en particulier ont contribués à me faire ressentir un profond malaise. Premier élément: à la fin du documentaire, mes coéquipiers et moi-même avons dû rajouter les points du programme qui avaient été votés lors du congrès politique du 2 mai, ce qui faisait une assez belle promotion du parti politique. Second élément: sur la page Facebook du documentaire, les gens commençaient à demander si c’était bien la page du parti et comment ils pouvaient le rejoindre. Troisième élément: sur le site web, il n’y avait aucune mention du terme simulation; tout était conçu comme pour héberger le lieu de discussion d’un véritable parti politique.

Cependant, un élément en particulier m’a fait l’effet d’une gifle: sur tous les documents, sur le site web, dans le programme politique, se trouvait le logo du documentaire.

Je me suis posée la question. Dans quelles circonstances est-ce que le logo et le nom d’un documentaire sensé contribuer à rallumer l’intérêt politique chez les jeunes se retrouve comme étant le nom et le caractère visuel d’un nouveau parti politique? Je me suis détachée du projet.

 

Ce qui est dommage dans toute cette histoire, outre le manque évident de transparence et les non-dits, c’est le fait que les idées véhiculées par ce «parti» sont excellentes et mériteraient d’être connues. De plus, le documentaire, suite à plusieurs malentendus, ne sera pas rendu public. Mes coéquipiers et moi-même avons travaillés près de 200 heures sur ce projet, sans rémunérations, et ce travail n’a pas été évalué. Plusieurs éléments, tels que les propos écrits dans le site internet du projet ou encore la page Facebook, ont été supprimés suite à l’article paru dans le Journal de Montréal le 24 mai 2018, ce qui, selon moi, ajoute au manque de transparence de toute cette histoire.

 

Pour finir, il n’y aura pas de parti politique.




-Document sur les élections au Québec: https://www.electionsquebec.qc.ca/documents/pdf/DGE-6438.pdf

-Ce qu’il reste du site web du projet: https://projetvirage.org/

-Voir l’article du Journal de Montréal: http://www.journaldemontreal.com/2018/05/24/simulation-politique-malaise-au-cegep-de-sherbrooke

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