Cinéma : La promesse de l’aube; l’ambition d’une mère et l’amour d’un fils

Auteur: 
Jonathan Boisvert

 

Le film La Promesse de l’aube est  l’adaptation du roman biographique éponyme de Romain Gary. Réalisé par Éric Barbier en 2017, ce film nous plonge dans la première moitié du XXe siècle pour découvrir les débuts de celui qui deviendra une figure incontournable de la littérature française. Au sortir de cette expérience cinématographique, on aura découvert la femme derrière le monument qu’a été l’homme.

Synopsis

            La Promesse de l’aube nous fait vivre les premières années mouvementées de Romain Gary, Roman Kacew de naissance. Vivant seul avec sa mère Nina Kacew, le futur écrivain traverse la précarité économique et l’antisémitisme en Pologne. La petite famille déménage ensuite à Nice, en France. À l’âge adulte, il s’enrôle dans l’armée de l’air, mais n’arrive pas à obtenir le grade d’officier en raison de l’antisémitisme. Puis, durant son service en Afrique et en Angleterre, Romain Gary exploite ses heures libres pour écrire son premier roman à succès, Éducation européenne. À la fin de la guerre, il découvre le décès de sa mère. Les rideaux se ferment sur un Romain Gary malade et affaibli, exprimant qu’il regrette que sa mère n’ait pas vécu pour voir ses accomplissements.

 

Hommage à une mère

            On ne peut esquiver l’hommage rendu à Nina Kacew la mère de Romain Gary. Durant la difficile période en Pologne, on constate la force de caractère et l’ingéniosité de cette femme excentrique. Elle dupe les femmes de la haute société grâce à une habile mise en scène, ce qui fait décoller les affaires de son salon de couture. On découvre ensuite sa résilience lorsqu’elle quitte la Pologne pour s’installer en France. Malgré son statut monoparental et son diabète, elle éduque son fils et parvient à gérer son propre hôtel. Charlotte Gainsbourg interprète magnifiquement ce rôle très coloré, à la fois femme tendre et affectueuse, mais aussi ferme et fière.

L’amour du fils

            Tout au long du récit, les projecteurs sont braqués sur l’amour filial poignant d’un fils pour sa mère. Parallèlement, le jeune Romain Gary se jure d’accomplir la glorieuse destinée dont sa mère rêve pour lui. Grâce à plusieurs quiproquos, nous découvrons que Romain se résigne parfois à mentir au sujet de ses accomplissements. L’affection qu’il porte à sa mère est en effet si forte qu’il ne peut envisager de la décevoir. Sa passion est aussi ce qui le sauve dans une scène très forte où il refuse de mourir de la tuberculose sans avoir accompli son devoir envers sa mère. Le visuel très brut des ravages de maladie et du personnage au bord de la folie fait de cette scène un témoin marquant de la passion qui habitait Romain Gary.

La première et la seule

Face à l’imposante personnalité de Nina Kacew, les autres femmes sont reléguées à des rôles secondaires, tant dans le film que dans la vie amoureuse de l’écrivain. Aucune n’est plus qu’une aventure, parce qu’aucune ne pouvait aimer Romain Gary autant que sa mère. Le narrateur, interprétant Gary en voix hors champ, cite un passage de l’ouvrage original qui paraphrase cette idée : « Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. […] Après cela, chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont que des condoléances. » (Gary, 1960) Comme quoi, à l’aube de sa mort, Romain Gary réalise qu’il n’aura eu qu’une femme dans sa vie : sa mère.

            Finalement, La Promesse de l’aube nous rappelle que les obstacles que la vie dresse sur notre chemin ne sont pas aussi insurmontables qu’ils ne le semblent. Il suffit de la passion pour un être cher pour vaincre tous les pronostics. Bien que le jeune Romain Gary se voit repoussé par les maisons d’éditions et qu’il risque sa vie dans l’aviation, il peut compter sur l’inébranlable amour maternel pour surmonter les rejets, la fatigue et la maladie. À ce titre, le film s’inscrit très bien dans l’hommage que Romain Gary voulait rendre à sa mère. Personnellement, la dynamique unique entre les deux protagonistes m’a inspiré énormément. Ce qui me fait dire qu’il me faudrait un jour lire les romans de Romain Gary La promesse de l’aube et La vie devant soi. (713 mots)

 

- Barbier, Éric, La Promesse de l’aube, France-Belgique, 2017, 190 min.

 

 

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