Critique: Destierros, "les exilés" le drame des migrants au Mexique

Auteur: 
Simon RD

La première chose qui vient à l’esprit après le visionnement du documentaire de Destierros(2017), un film du réalisateur québécois Hubert Caron-Guay, est : « D’accord, c’est bouleversant! » Le 11 avril dernier, le Festival cinéma du monde de Sherbrooke présentait le documentaire à La Maison du Cinéma.

Ce périple en terre mexicaine nous plonge dans l’univers bouleversant de migrants d’Amérique centrale, qui tentent de traverser illégalement, depuis le Mexique, la frontière américaine avec l’espoir d’une vie meilleure. Tout au long du film, on suit ces individus, caméra à la main, dans un suspense filmique et sonore, qui garde le spectateur prêt à toute éventualité. Durant le visionnement, plusieurs exilés livrent leurs témoignages douloureux sur la cause de leur fuite et leur quête d’accéder au fameux rêve américain, afin d’améliorer également le niveau de vie de leurs familles demeurées au pays.

Les témoignages font la force du long métrage, en soulignant les différentes problématiques qui sévissent en Amérique centrale. Devant la caméra en échelle de gros plan, dans la pénombre totale et ayant comme seul éclairage une lumière projetée sur le visage, des migrants nous en brosse un portrait : la corruption, la traite humaine, la pauvreté, la criminalité et l’homophobie. Puis, ceux dont la tentative de fuite a avorté nous témoignent des périls auxquels les migrants s’exposent : la torture, les agressions sexuelles et l’extorsion. En effet, ceux qui se font arrêter en sol américain et retourner soit dans leur pays d’origine ou au Mexique deviennent une proie facile pour les groupes criminalisés. Cela les mène à fuir de nouveau leur pays et par la suite, les criminels et les agents de l’immigration. Malgré tous les risques, les migrants sont prêts à retenter l’aventure, ce qui met l’accent sur le caractère insoluble des problèmes sociaux, économiques et politiques qui gangrènent leurs pays.

Aussi, l’autre procédé filmique utilisé, soit le traveling d’accompagnement, ajoute au suspense. En effet, à deux reprises on suit un migrant sur une route boisée, durant la nuit, qui tente de ne pas se faire apercevoir par la « migra », l’immigration mexicaine. Ils se dirigent vers les chemins de fer pour tenter de grimper sur le train et ainsi espérer atteindre le nord, un moyen de fuite probablement aussi dangereux que celui de rester dans leur pays natal.

Tout est assemblé pour révéler le côté obscur du phénomène de migration. Les scènes en noirceur, la musique inquiétante et l’ambiance tendue. Mais les lieux, eux aussi, amènent leur touche inquiétante et dramatique dans le montage. En exemple, lorsque l’équipe de tournage suit des migrants jusque dans des refuges temporaires dirigés par des organisations religieuses. On nous les présente, faisant la prière dans cette région hostile où Dieu semble encore exister. Une antithèse est manifeste dans cette scène où l’espoir des migrants côtoie la réalité tragique de leur déracinement. Aussi, les plans-séquences et scènes filmées au chemin de fer sont probablement les moments les plus angoissants du documentaire. En combinant silences et tensions propres à l’attente, on nous mène à vivre l’anxiété des migrants. Et que dire du moment où l’on nous présente ce mur érigé sur plusieurs kilomètres? Cette image, cette scène silencieuse qui devant les yeux d’un exilé signifie : «Ce monde m’est fermé».

Ce qu’on comprend dans le film est que, le mur à la frontière nord du Mexique déjà présent durant le tournage et celui que le futur président projette de construire, représente la mort pour ces exilés. Ils ne comprennent pas la logique des gouvernements mexicain et américain, qui leur en empêche l’accès. Un migrant le résume ainsi : « Ça n’arrêtera jamais ». Paradoxalement, le même migrant a ajouté que l’économie américaine avait besoin d’eux, car ils étaient de la main d’œuvre à très bas prix. Finalement, à la fin du film, on voit une voiture s’arrêter devant les agents frontaliers américains et le chien dépisteur peut, du point de vue du spectateur, être interprété comme étant une porte qui se referme sur le destin du migrant.

Enfin, le documentaire Destierros n’offre pas de solutions au problème, car cela ne semble pas être le but de l’exercice. Le réalisateur donne plutôt la parole aux migrants. Bien qu’un documentaire reste une construction médiatique et que chaque élément sélectionné relève d’une subjectivité, le long métrage est une réussite en ce qui concerne l’éveil sur la réalité de l’exil, au XXIe siècle. Une perspective qui humanise le migrant latino-américain au lieu de le convertir en envahisseurou en « voleur de job ».

 

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