Le Havre: une fermeture justifiée?

Auteur: 
Sachel Cardi-Bissonnette

 

La majorité des étudiants du cégep de Sherbrooke ont sans doute remarqué le message affiché aux portes du « havre » du pavillon 2 du cégep de Sherbrooke.

Le message, placé là depuis le 6 décembre 2017 annonce que :

« compte tenu des événements récents, il a été décidé de fermer le Havre jusqu’à nouvel ordre.  De nouvelles informations suivront sous peu. »

Le journal étudiant comportant certains membres, dont moi-même, ayant déjà collaboré avec le CIOSAL, on s’est dit qu’on jetterait un coup d’œil à la situation.

Maintenant vient la question : pourquoi devriez-vous vous préoccuper moindrement du Havre? Ou alors, question autant légitime, quossé c’est çô, le Havre?

Le Havre, quossé çô

Le Havre est une salle au 2ème étage du pavillon 2 du cégep de Sherbrooke, situé en face du corridor menant au pavillon 1. Plus important, le Havre est une zone sécuritaire où il est interdit de juger, d’intimider ou de discriminer. Le local a été consacré zone sécuritaire grâce entre autres à l’activisme du comité CIOSAL (Comité identités et orientation sexuelles et amoureuses libres), qui lutte pour la reconnaissance des droits des minorités LGBTQI2SNBA+. Bref, si vous vivez de l’intimidation ou de la discrimination pour quelques raisons que ce soit, vous pouviez vous rendre au Havre, où vous seriez accueilli.e sans préjugé. C’est la safe place du cégep de Sherbrooke.

« des événements récents »

Selon Audrey Couture, secrétaire du CIOSAL et très active membre du comité, le Havre, « c’est vraiment un lieu de rencontre, surtout pour les gens LGBTQIA+, pour rencontrer du monde qui vous comprennent. Il n’y a pas tant de lieux où les étudiants peuvent ventiler, se faire entendre et rencontrer des amis. »

Mais voilà, il est fermé, et ce depuis le 6 décembre 2017. Le message mentionne « des événements récents » ayant menés à la fermeture du local.

Madame Couture décrit plusieurs épisodes de « manque de respect » lors de la session d’automne 2017, « principalement de la violence verbale, aussi au niveau des médias sociaux. »

Selon la secrétaire, la situation aurait dégénérée lorsque certains membres du CIOSAL « se sont senti.es attaqué.es » par certains propos et actions d’autres membres du comité. Notamment, plusieurs sujets, comme la non-mixité ou la discrimination positive, ont fait l’objet de débats qui ont rapidement gagné en intensité.

« C’est malheureux, [le Havre] est supposé être une safe space pour tout le monde. » se désole la secrétaire du CIOSAL.

Valérie Massicotte, intervenante psychosociale chargée de superviser la situation, parle, elle, d’un cas de vandalisme, et de plusieurs cas d’intimidation.

Un climat nocif

C’est que le Havre, en plus d’être le local par excellence du comité LGBTQI2SNBA+, est également le lieu par excellence pour chiller, avec la zone Orange. Il était habituellement le lieu de rencontre de plusieurs groupes d’amis, et était ouvert à tous et toutes, en tout temps. Les débats, qui ont, selon certains membres, duré toute la dernière session, ont encouragé plusieurs membres à déserter non seulement le comité, mais aussi le local lui-même.

L’Association étudiante du cégep de Sherbrooke (AÉCS) aurait été contactée à la fin de la session pour fournir les outils nécessaires afin de résoudre le conflit.

Le 4 décembre, 2 jours avant la fermeture du Havre, une personne -ressource neutre est invitée au local pour y animer une discussion et faire un rapport à l’AÉCS sur la situation.

La décision de fermer le Havre aurait été prise conjointement par l’AÉCS et le cégep de Sherbrooke, qui tous deux gèrent la salle.

Le 4 décembre, des passants trouvent le local barré, le message de fermeture affiché aux portes.

 

À quand la réouverture?

J’ai posé cette exacte question à Valérie Massicotte. Celle-ci, en plus d’être intervenante psychosociale, est également chargée de projet de la campagne Ni viande ni objet qui a fait le tour de plusieurs cégeps au Québec, et qui se positionne avec force contre l’hypersexualisation et la culture du viol.

Sa réponse : « ça dépend de l’implication des étudiants. Les gens doivent vouloir participer, ils doivent s’impliquer. »

On l’a récemment chargée de superviser la création d’un comité de gestion du Havre, qui sera en mesure (on l’espère) de faire respecter le code de vie du local, et d’offrir des ressources efficaces en cas de dispute, ressources qui manquaient cruellement au CIOSAL la dernière session : Audrey Couture souligne le fait que « le CIOSAL n’avait pas les outils pour gérer ce problème », un manque dénoncé par plusieurs membres (actuel.les et ancien.nes) du comité.

Le comité de gestion du havre a bel et bien été créé au début de la session d’hiver 2018, mais ne compte actuellement que madame Massicotte, même si, selon cette dernière, « 2 ou 3 personnes s’y impliquent également. »

Une rencontre de médiation aura bientôt lieu entre les personnes concernées par « les événements récents » afin de régler la situation que certains jugent encore houleuse.

« Les gens croient que le conflit est terminé parce que c’est une nouvelle session. Ce n’est pas vrai » rappelle l’intervenante.

Suivant un éventuel succès de la rencontre de médiation, le comité de gestion du Havre pourra déterminer la procédure de réouverture, que celle-ci se fasse progressivement (ex. une fois par semaine pour les premières semaines) ou qu’elle soit immédiate.

Manque d’effectifs

Sarah Schmalenberg, responsable à la coordination du CIOSAL et membre du comité exécutif de l’AÉCS, décrit la situation actuelle du comité :

« Le local n’est pas essentiel, on peut se regrouper ailleurs, mais le Havre est plus chaleureux, il représente toutes les valeurs de notre comité. »

Pour Sarah, le réel problème avec la fermeture de la zone sécuritaire, c’est la perte d’un lieu de regroupement et de sensibilisation :

« Actuellement, on est 4 ou 5 au comité. On a des projets, on a besoin de mobilisation. Des gens sont plus à l’aise, plus en sécurité dans un local comme le Havre. »

Parlons positif

Le comité, qui était « en gestion de crise » pour presque toute la session d’automne 2017 selon sa secrétaire et est présentement en sous-effectif, n’a pourtant pas abandonné son activisme : des visionnements de films présentant des enjeux de diversité sont régulièrement organisés par le CIOSAL. L’entrée est bien sûr gratuite et du pop-corn y est distribué (je ne sais pas pour vous mais moi, ça réveille déjà mon activisme intérieur).

Le comité organise également des conférences dans le but de sensibiliser la population aux enjeux de diversité et de discrimination, sujets qui sont souvent mal compris par la majorité.

Le CIOSAL organise actuellement ses rencontres chaque semaine au Havre (ouvert pour ces occasions uniquement), chaque mardi de 11H30 à 13H30.

Pour plus de renseignements, vous pouvez contacter le CIOSAL sur leur page Facebook, :

https://www.facebook.com/CIOSALCEGEPDESHERBROOKE/?hc_ref=ARTS2Ih0kpJWE2f...

 

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