Gagner la guerre climatique - Partie 2

Auteur: 
Alexis R. Chevalier

Mythe #8 Il suffit d’un prix sur le carbone

Un prix n’est pas suffisant puisque les consommateurs sont influencés par beaucoup de facteurs en plus du prix. Le marché ne peut pas tout régler : la théorie économique (celle qui prône le libre marché) classique s’appuie sur le fait que tous les humains sont rationnels, ce qui est loin d’être le cas. Par exemple, on constate que lorsque les prix du pétrole augmentent, les gens achètent plus de petites voitures. Mais quand les prix se stabilisent, ils achètent de grosses voitures consommant beaucoup d’essence. Ils le font même si les prix sont restés hauts. De plus, les lois du marché fonctionnent si les autres facteurs que l’offre et la demande ne varient pas, ce qui est impossible dans une société en changement perpétuel. Inutile de souligner que même si les prix de l’énergie augmentent sensiblement, les consommateurs ne changent pas vraiment leurs habitudes (pensez à une hausse de 20 % du prix de l’essence, qui passerait de 1,1 $ le litre à 1,32 $ le litre. Combien d’entre vous vendriez votre voiture pour marcher ou prendre l’autobus ?) En effet, l’énergie est un domaine où les variations de prix ont une influence faible sur la quantité demandée. Puisque le SPEDE (la bourse du carbone intégrant le Québec et la Californie) prend en compte tous les hydrocarbures, cela veut dire que tous les citoyens.nes du Québec participent à cette bourse. Or, très peu de gens savent qu’ils en font partie (nous paierons plus cher notre essence si plus de gens achètent de l’essence par exemple). De ce fait, la théorie économique n’est encore là pas applicable puisque tous les participants)e)s au marché du carbone ne disposent pas de toutes les informations nécessaires. Pour former un marché libre, tous et toutes doivent disposer de toutes les informations relatives à ce marché.

 Il y a trois modèles de prix sur le carbone.

  1. La simple taxe sur les hydrocarbures. Celle-ci doit être assez haute pour diminuer sensiblement les émissions. La Colombie-Britannique a créé une taxe de 30 $ la tonne de CO2 en 2012. Entre 2015 et 2016, elle a collecté 1,2 milliard de dollars qu’elle a redonnés à sa population, sans investir cet argent dans un fonds de transition.

 

  1. La bourse du carbone. Ce modèle est plus lourd administrativement, mais ce n’est plus la responsabilité du gouvernement de fixer le prix du carbone. Le tout fonctionne comme une bourse classique : on vend ou on achète des droits d’émettre du CO2. La bourse permet de diminuer le nombre de tonnes d’émissions permises en diminuant le nombre de droits d’émission

 

  1. La taxe sur le carbone ajouté. On calcule les émissions totales causées par un produit. Cela demande un suivi complexe, mais possible (on pratique déjà la traçabilité pour les aliments). Ensuite, on taxe ces émissions. Ce processus permet de mettre tous les produits sur un pied d’égalité. De ce fait, il n’y aurait pas de moyen de contourner cette taxe en délocalisant sa production. Bien sûr, les plus gros émetteurs (États-Unis, Chine) font des pressions pour que cette mesure ne soit pas mondiale.

 

Mythe #9 Le Canada est une puissance énergétique

La nature colonisée du Canada l’amène à être un bar ouvert pour les exploitants étrangers. Le pétrole, le gaz naturel et ses nombreux minerais (on pense aux grandes quantités d’uranium qu’il possède) appartiennent à des entreprises privées étrangères.

Mythe #10 Les provinces ont pris le relais du fédéral dans la lutte aux changements climatiques

Le gouvernement fédéral n’a rien fait depuis vingt ans alors que les provinces ont produit de faibles mesures en vase clos sans se concerter avec les autres provinces. Ainsi, les efforts du Québec ou de l’Ontario sont carrément annulés par de faibles hausses d’émission de l’Alberta.

Mythe #11 Le Canada est un vrai pays

Les provinces ont des économies et des philosophies très différentes qui rendent impossible ou inacceptable des mesures pancanadiennes de lutte au changement climatique. Le Canada est soumis aux exploitants étrangers en ce qui a trait aux ressources souterraines. Les booms pétroliers et gaziers  successifs montrent bien que ce sont les entreprises étrangères qui dictent les développements économiques dans ce secteur.

Mythe #12 Il suffit d’un selfie

Justin Trudeau peut avoir de bonnes intentions, mais l’oléoduc Kinder Morgan qui va relier l’Alberta au port de Vancouver montre plutôt le contraire. Pour révolutionner les transports, le fédéral pourrait mettre au pas les compagnies ferroviaires et électrifier les trains. Cela permettrait de relier efficacement les villes entre elles et les banlieues au centre-ville. Il est d’ailleurs aberrant que des investissements énormes soient faits dans les autoroutes si l’on souhaite un changement réel.

Le gouvernement devrait aussi travailler à concerter les provinces entre elles et à développer des industries basées sur les services, qui sont moins polluantes. Bref, l’exploitation de pétrole et de gaz devrait être abandonnée.

 

Au-delà des mythes.

 Mousseau conclut en soutenant que c’est une volonté politique qui doit amener les changements. Une foi en la technologie ou les marchés n’est pas suffisante. Trop souvent, les solutions choisies sont confortables et par le fait même, coûteuses et inefficaces.

 

Capitaine Licence, notre héros à tous, nous rappelle que l'image provient du site: https://www.populationdata.net/cartes/monde-eau-insolite/

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