L’OCDE et la mondialisation

Auteur: 
Alexis R. Chevalier

L’organisation de coopération et de développement économique (OCDE) fait la promotion du libre-échange en soutenant que les mesures associées à une libre circulation des biens et des services mènent à des gains de productivité par la spécialisation. Rendre les travailleurs plus flexibles et mobiles est, selon l’OCDE, la meilleure façon de faire diminuer le chômage. Les avantages de la mondialisation sont globaux, les pertes sont locales. En effet, sous l’action de la mondialisation, le nombre des plus pauvres sur le globe a « considérablement baissé » (Clévenot, 2017, p.79) alors que ce sont essentiellement des secteurs industriels précis qui sont touchés par le choc de l’intégration économique.

D’autre part, des sociologues comme Alain Denault (2017) et Jacques Gélinas (2015) affirment que la mondialisation se fait par une hypercollusion entre multinationales et gouvernements et  que ces entreprises font nécessairement passer la concentration massive des bénéfices entre des mains de plus en plus voraces et exclusives, au détriment du bien-être commun.

Voyons donc plus en profondeur le portrait que l’OCDE fait de l’avènement du commerce global.

 

La situation vue par l’OCDE

L’OCDE (2017) souligne que les échanges internationaux amènent une hausse de la croissance au niveau macroéconomique mondial, une convergence du niveau de vie à travers les nations, une baisse du nombre d’individus vivant en dessous du seuil de pauvreté, une hausse du pouvoir d’achat et, conséquemment, du bien-être des consommateurs. (OCDE, 2017)

D’un même souffle, l’organisation reconnaît aussi que ces échanges causent aussi un accroissement des inégalités, une stagnation des revenus de plusieurs ménages et une baisse continue des emplois manufacturiers dans les pays industrialisés. Plus précisément, « les avantages qui résultent du prix inférieur des produits importés sont répartis entre tous les consommateurs, tandis que les perturbations associées à la concurrence des importations sont concentrées sur un petit groupe de travailleurs ». (OCDE, 2017, p.76)

Prendre en charge ces travailleurs(ses) à travers des mesures nationales serait la meilleure façon de rendre la croissance « inclusive » (OCDE, 2017, p.77). En effet, aider à la formation et à la mobilité des groupes vulnérables permettrait de faciliter la transition de  la main-d’œuvre vers les secteurs économiques en expansion. Dans les économies avancées, les secteurs les plus dynamiques sont souvent très spécialisés et occupent d’importantes proportions des produits et services exportés. En fait, ce sont les entreprises les plus productives et efficientes qui se trouvent à être exportatrices. Il faut donc aider les chômeurs à s’adapter aux changements profonds de l’économie. (OCDE, 2017)

En général, il est admis que la concurrence augmente à mesure que l’intégration économique se fait par l’annulation de barrières commerciales entre les nations. Cette concurrence amène une spécialisation qui crée un dynamisme économique lorsque la spécialisation se fait dans un secteur en expansion dans le monde. La concurrence des échanges a un impact moins grand sur la perte d’emploi manufacturier que l’automatisation des usines. Alors que l’importation de biens finis est néfaste pour ce type d’emploi, l’importation de biens et de services intermédiaires améliore la productivité des entreprises de transformation et tend même à annuler l’effet négatif des importations de biens finis. (OCDE, 2017)

Bilan

Depuis l’intégration des marchés asiatiques et émergents, le bien-être des consommateurs s’est apprécié considérablement, alors que la hausse du pouvoir d’achat des consommateurs a subi une hausse de l’ordre de 30 à 60 % dans la majorité des pays de l’OCDE. Cette intégration a fait chuter drastiquement les prix des vêtements, du textile et des produits électroniques notamment. Au Canada, la hausse du pouvoir d’achat se chiffre à 43 % depuis le début ce processus. Cette baisse des prix profite de façon disproportionnée aux ménages ayant un revenu faible ou modéré puisqu’une part élevée de celui-ci est consacrée aux « biens de grande consommation » (OCDE, 2017, p.92). De plus, l’éventail de biens et de services s’est considérablement diversifié.

Néanmoins, les inégalités de revenus ont crû de façon considérable alors que la délocalisation et l’automatisation ont fait disparaître de nombreux emplois demandant peu de qualification dans le secteur manufacturier. Parallèlement, la demande pour la main-d’œuvre très qualifiée a augmenté, ce qui a fait accroître les revenus de cette frange de travailleurs(ses). Il est aussi à noter que les emplois créés par la mondialisation demandent très souvent des compétences que ne possèdent pas les chômeurs qu’elle engendre.

L’OCDE propose plusieurs mesures pour rendre plus qualifiés et mobiles ces nouveaux chômeurs (collaboration étroite entre entreprises et universités, amélioration de la formation continue, aide au déménagement, amélioration des infrastructures et des moyens de transport, etc.). Certaines de ces mesures permettraient aussi de rendre plus productives les régions les plus touchées par le choc de l’intégration économique. Pour protéger le revenu des travailleurs(ses) peu qualifiés, il est suggéré de maintenir un salaire minimum «relativement haut » tout en s’assurant qu’il ne nuise pas à la compétitivité des entreprises. Cette mesure sera associée de subventions aux entreprises pour maintenir des coûts de main-d’œuvre raisonnables. Il a été aussi constaté que la syndicalisation atténue les « effets négatifs de la concurrence des importations sur les inégalités ». (OCDE, 2017, p.107)

Évasion fiscale

L’OCDE (2017) reconnaît aussi la nécessité de développer des « accords multilatéraux de coopération fiscale » dans le but de « réduire le transfert transfrontalier des bénéfices imposables qui limite la capacité de collecte de recettes des autorités publiques » (Agkim et al., 2017 in OCDE, 2017, p.78)

 

Prochain article : Le règne des multinationales

 

Cet article se veut un condensé du chapitre II intitulé « Comment rendre le commerce mondial bénéfique pour tous » (p.73 à 123) de la publication « Perspectives économiques de l’OCDE ».

 

Médiagraphie

 

Clévenot, Mickaël, « Les soubresauts du rééquilibrage économique mondial », Questions internationales, No 85-86, août 2017

Denault, Alain, « Conférence sur son livre De quoi Total est-elle la somme ? », Conférence donnée au Cégep de Sherbrooke le 12 octobre 2017

Gélinas, Jacques, « Le néolibre-échange, l’hypercollusion business-politique, Éditions Écosociété, Montréal, 2015, 190 p.

 OCDE, « Perspectives économiques de l’OCDE », Éditions OCDE, juin 2017, 359 p.

 

Capitaine Licence, notre héros à tous, nous rappelle que l'image employée provient du site: https://www.moreau-patrimoine.fr/ocde-redressement-economie/

 

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