L’appropriation culturelle, questions et réflexions

Auteur: 
Mel Gagné-Pelletier

 

 

[N. de la R. Il est difficile de représenter l'appropriation culturelle en image. Nous avons donc opté pour un meme portant sur le film Lawrence d'Arabie, un personnage historique britannique ayant dirigé une révolte arabe contre le joug des Turcs ottomans pendant la Première guerre mondiale. Il est tombé en amour avec la culture arabe, et porte un joli chapeau oriental. Le lien est donc super clair et bien choisi.]

 

Aujourd’hui j’ai eu une discussion très intéressante à propos d’un concept que je ne connais que depuis cet été, à savoir : l’appropriation culturelle. Et inévitablement, cela m’a emmené à plusieurs questionnements auxquels je n’aurai probablement jamais la réponse, mais que je tiens néanmoins à soulever pour apporter une réflexion.

 

Imaginons donc qu’en tant qu’écrivain blanc, québécois et queer, j’aimerais écrire un livre. Par respect de l’appropriation culturelle, devrais-je uniquement me limiter à des personnages blancs, québécois et queer puisque mon expérience de vie ne me permet pas de représenter adéquatement un autre point de vue culturel ? Cette limitation peut-elle être considérée comme de la censure artistique ? L’absence de personnages de cultures différentes ne serait-elle pas une forme de racisme et une sous-représentation de diversité culturelle ?

 

Alors disons donc que je présente un personnage principal blanc, québécois et queer, mais que pour m’assurer d’avoir une représentation de diversité culturelle, je mets çà et là des figurants ou personnages secondaires de cultures différentes. N’est-ce pas revenir à dire que seul l’histoire d’un personnage blanc, québécois et queer mérite d’être raconté ?

 

Et si je décide alors de mettre un personnage principal de couleur, nationalité et orientation/identification différente à la mienne, parce que la diversité culturelle me tient à cœur… devrais-je tout faire pour que l’histoire ne touche pas le sujet de la culture car je ne peux que mal me la représenter ? En évitant le sujet, ne serait-ce pas arracher à ce personnage son identité et sa culture profonde ? Ou au contraire, si chaque fois que j’écris sur un personnage de minorité culturelle je ne fais qu’emphase sur sa différence culturelle, n’est-ce pas un stéréotype ?

 

Par exemple, l’éternelle histoire de la représentation homosexuelle dans l’art et les médias. Si je représente un couple homosexuel et que leur relation est présentée dans l’histoire comme quelque chose de normal, est-ce une preuve d’acceptation de l’homosexualité ou une banalisation des réels enjeux ? Si au contraire j’utilise tous mes personnages homosexuels pour dénoncer des réalités de vie comme le sida, le suicide, la violence et l’intolérance, n’est-ce pas encourager la conception que la vie d’un homosexuel ne peut pas être « normale » et finira toujours mal ? Si je présente un homosexuel au comportement féminisé ou « grande folle », est-ce là une caricature ? Et si je le présente comme un homosexuel au comportement identique à celui d’un hétérosexuel, excepté son orientation, cela ne porte-t-il par le message qu’il faut avoir honte de l’excentricité et de la féminité chez certains homosexuels ?

 

Et qu’en est-il des gens mixtes, ou des immigrants de deuxième et troisième génération ? En tant qu’artistes, peuvent-ils parler de la culture enseignée par leurs parents même s’ils n’ont jamais vécu dans leur pays d’origine? Ou doivent-ils parler de la culture dans laquelle ils vivent, au détriment de la culture de leur ancêtre ? Doivent-ils créer une nouvelle culture en mêlant celle de leurs parents et celle de leur pays ? Dans ce cas, cela peut-il être considéré comme une forme diluée de culture ? Existe-t-il des formes pures et des formes dilués de culture ? Est-ce là le débat entre évolution et tradition ? Doit-on garder des traditions qui ne représente plus nos valeurs par souci de voir notre culture disparaître dans la mondialisation ? Au contraire, n’est-ce pas plutôt un geste d’ouverture de laisser tomber certaines de ces traditions pour permettre aux immigrants de mieux s’intégrer ? Culture doit-elle obligatoirement rimer avec religion ou est-ce deux entités différentes qui s’influencent ? Est-ce la même chose concernant les valeurs ? Si nos valeurs s’accordent plus avec une culture étrangère que celle dans laquelle nous avons grandi, a-t-on le droit de se convertir à cette autre culture ou est-ce de l’appropriation culturelle ?

 

Si un immigrant veut garder sa culture, puis-je garder la mienne en émigrant dans un autre pays ou est-ce une idéologie de colonialisme blanc ? Mais si je m’adapte à la culture du pays dans lequel je me trouve… cela ne reviendrait pas à de l’appropriation culturelle ? En tant qu’émigrant blanc, puis-je être considéré comme une minorité visible ou doit-on me refuser ce titre puisque mondialement et historiquement, ma culture a été dominante pendant trop longtemps ? Et s’il y a abus sur ma personne pour des raisons culturelle, que ce soit en tant qu’émigrant ou en tant que résident pur laine, est-ce considéré comme du racisme ou est-ce mérité de par mon histoire culturelle dominante ?

 

La culture est-elle un moyen utilisé pour standardiser les individus ou est-ce un moyen de grandir en tant que société ? En tant qu’espèce sociale qui grandit par l’exemple, est-ce une marque d’appréciation que d’imiter, consciemment ou non, la manière d’être d’une personne que l’on côtoie fréquemment ? Ou bien est-ce considéré comme une moquerie parodique puisque l’on ne saisit pas toute la portée des gestes et des mots ? Un peu comme le statut délicat de la fanfiction de nos jours : est-ce une forme d’hommage ou est-ce du vol de droit d’auteur ? Dans ce cas, des cultures similaires doivent-elles se battre en accusant l’autre de plagiat culturel, s’assurant ainsi légalement de l’originalité de sa culture ? Que devient alors l’imaginaire collectif ? Tout a-t-il été dit et fait, ou y a-t-il encore de la place pour l’évolution et les sous-genres ?

 

Y a-t-il une vérité universelle comme il y a une culture universelle ? Si oui, devrait-on tous s’y soumettre et nous unir sous une seule culture, et ainsi sacrifier notre originalité individuelle et notre liberté d’expression au profit de la paix universelle ? Devrions-nous plutôt chérir ces différences naturelles et créatives au risque de voir apparaître la division et l’extrémisme ?

 

 

Existe-t-il un entre deux, ou n’est-ce qu’une façon couarde d’éviter de prendre position ?

Qu'en sais-je? 

 

 Capitaine License, notre héros à tous, nous rappelle que l'image du meme nous provient de http://www.rogerebert.com/reviews/great-movie-lawrence-of-arabia-1962. 

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