Dieu n’est pas mort (Partie 3)! Et ce sont eux qui le ressuscitent… Chronique psychosociologique d’Axe21, une église contemporaine

Auteur: 
Joel Ladry, étudiant en Sciences, lettres et arts

Incursion sociologique chez Axe 21 

Pendant le temps que le pasteur nous exhorte tous à recentrer nos vies sur Dieu, à renouveler notre engagement avec lui ou à en prendre un si ce n’est déjà fait, on verra apparaître sur scène les premiers musiciens. D’habitude, c’est le claviériste qui arrivera en premier pour jouer quelques accords liquides et méditatifs. Durant toute la louange, la musique et l’état des fidèles seront constamment en variation d’intensité, du déchaînement joyeux et divin à la contemplation silencieuse. Pour assurer la transition vers la louange, quoi de mieux qu’une autre prière ? Dixit le pasteur :

« Ce matin est un matin spécial... J’appelle tous, cent pour cent de la salle, à s’engager vers Christ… Ne pensez pas à la personne à côté de vous… mais plutôt à votre propre situation… Y a-t-il des choses que tu attends depuis longtemps ? … C’est ça ton stress, ton anxiété, ton chaos. J’aimerais, ce matin, qu’on transfère cela à Jésus. Qu’il soit la source du bien-être ! Transfère-lui ! Viens à lui et tu n’auras plus jamais soif. Peut-être que ce matin, il y a des choses qui t’ont marqué. Tu dis : oui ! Dieu, tu es ma source et je t’abandonne ça ! Si tu le fais, tu vivras la transformation de Dieu. Amen ! »

Au début de la prière, tous étaient immobiles, en silence contemplatif : nous les avons vus, car nous n’avions pas fermé les yeux. Malgré le fait que cette salle contenait plus de cent personnes, le silence y était absolu.

Puis, alors que la tension montait dans les paroles du pasteur, la force et l’émotion dans la musique montaient aussi. On a vu les gens commencer à se balancer, au gré de la musique du clavier et des kicks de la batterie (oui, le joueur de batterie est arrivé sur scène aussi). La tension a continué de monter et le son de la musique aussi, jusqu’à la fin lorsque tous les musiciens (clavier, batterie, guitares électrique et acoustique, basse) jouaient à l’unisson pour une fin de prière intense.

Lorsque la prière se termine, c’est l’heure de la louange ! C’est un temps spécial : les spectateurs sortent de leur rôle passif d’écoute pour devenir de véritables acteurs du théâtre social qui nous entoure. Tu les verras lever les mains, balancer leurs corps de gauche à droite… Vois-tu, il y a même un jeune de 14 ans qui s’est mis les bras en signe de croix.

Justement, je pense qu’il soit à propos de faire une petite parenthèse sur le sort réservé à la jeunesse, ici. Qui dit « enfants » et « institution », dit aussi « éducation », voire « socialisation ». Les enfants commencent à venir à l’église dès l’âge de deux-trois ans. La plupart sont à la Zone Enfants en ce moment, divisés en groupes d’âge. Les plus jeunes jouent à des jeux, comme dans une garderie.

À partir de l’âge de quatre-cinq ans, on n’a plus cette chance… Ces enfants sont amenés dans d’autres pièces, où on commence à leur donner des petites leçons bibliques. Par exemple, on leur apprend que le monde a été créé par Dieu, les animaux d’abord puis les humains. Puis, on leur fait colorier et découper des animaux qu’ils pourront offrir à leurs parents. On leur inculque déjà la générosité !

La formule suivie par ce qu’on n’appelle plus « l’école du dimanche » reste la même pour tous les groupes d’âge, mais plus les jeunes sont âgés, plus on leur présente du contenu normatif, c’est-à-dire des règles de vie inspirées de la Bible.

Lorsque les jeunes arrivent à l’âge d’environ onze-douze ans, ils sont envoyés avec les adultes pour assister aux messages. Plusieurs sont déjà incités à contribuer de leur temps à l’église, comme le jeune qui a pris notre manteau ce matin au vestiaire. Ces jeunes-là sont aussi initiés aux groupes de jeunesse chrétienne, qui se rencontrent tous les vendredis soirs.

Personnellement, j’ai fait partie du groupe de jeunesse de l’église évangélique de Rock Forest jusqu’à l’âge d’environ 16 ans. On commence les soirées avec des jeux organisés et souvent compétitifs, puis les apprentis pasteurs leur donnent un message. Ça finit souvent en jeux libres et il y a un petit comptoir où on peut aller consommer des bonbons ou encore des boissons gazeuses.

C’est un non-dit dont tout le monde est au courant : les groupes de jeunesse sont les meilleures places pour se faire des copains/ines de vie. Formellement, c’est découragé, mais pas interdit. Lorsqu’un couple se forme, on le surveille discrètement. Souvent, on donnera des cours de fréquentation, voire d’initiation au mariage chrétien, aux jeunes amoureux. Bien sûr, même pour des jeunes évangéliques de 15 ans, l’intention derrière le couple, c’est qu’il mène au mariage…

À vrai dire, j’ai regardé les profils Facebook de mes amis de l’époque pour me rendre compte que trois nouveaux couples s’étaient formés… dont deux d’entre eux entre des gars et filles du groupe. L’autre couple s’est formé entre un de mes amis de cette époque et une fille chrétienne qu’il a rencontrée dans un camp d’été chrétien (!). Aux dernières nouvelles, il s’est fiancé avec elle. Il a 19 ans, je crois…

Un dernier point intéressant à propos de la socialisation des jeunes de la communauté évangélique : plusieurs font encore l’école à la maison. C’est pour « préserver les jeunes des influences mauvaises du monde extérieur. » C’est de moins en moins courant, cependant. Probablement puisque ces jeunes-là finissent éventuellement par terminer leur secondaire à l’extérieur de la maison de toute façon, souvent à l’école aux adultes. Les jeunes des familles les plus tenaces arriveront à se protéger du monde extérieur grâce à des cours à distance, jusqu’au Cégep.

Pour en revenir au jeune qui se tient devant toi, si tu décides de lui demander pourquoi il tient ses bras en croix devant son père qui approuve silencieusement en priant avec les yeux clos, il t’expliquera qu’il est de ceux qui vont se faire baptiser bientôt. Nous lui demandons pourquoi il a fait ce choix et il nous dit environ ceci :

« En se baptisant, on accepte Jésus dans son cœur et on fait preuve de sa foi. Accepter Jésus dans son cœur, c’est accéder à la vie éternelle qu’il nous a offerte en mourant sur la croix pour nos péchés. »

Ce jeune a très bien intériorisé les éléments symboliques de la culture chrétienne, qu’on lui transmet depuis sa jeunesse. Je l’ai vu lors de la soirée d’initiation aux baptêmes, écouter le pasteur qui résumait la doctrine évangélique par rapport au baptême.

Il est très fier du témoignage qu’il vient de nous transmettre : la culture évangélique conçoit le baptême comme une extension de soi et de sa foi chrétienne dans le monde. L’Église évangélique promeut souvent une culture du prosélytisme à ses fidèles lors des messages du dimanche matin !

Justement, le père du garçon s’est approché pour entendre ce que son fils pouvait bien avoir à nous dire. Évidemment, il est fier et enthousiaste et prendra probablement un moment pour le féliciter lorsqu’ils seront seuls.

Pendant ce temps, la louange a vraiment commencé. Si tu as déjà été aux concerts de pop-rock qui jouent au Granada ou à la Fête du lac des nations, ce qui est présenté ici ne t’est pas tellement étranger en ce moment : la musique est pareille, la teneur intellectuelle des paroles aussi (j’y reviens) et il y a même un mini mosh pit sans les mains baladeuses si tu te sens vraiment envahi de la présence de Dieu !

Les paroles que tu entends ici voudraient impressionner, mais elles ont l’effet contraire (chez moi, du moins). Ce sont des banalités et des clichés : « la puissance est dans le nom de Jésus », « sois glorifié », « Alléluia mon cœur veut te chanter », « mon dieu est si bon », « toi seul, Dieu », « viens Dieu et remplis mon cœur de ta présence », « nous avons la rédemption », « il est ressuscité », « tu es si grand », « tu es tout pour moi », « déclarons le nom de Jésus, crions son nom tout-puissant »…

La première chanson vient de se terminer. L’interprète qui chantera la prochaine prend le micro. C’est une drôle d’habitude ici, je dirais même que c’est une norme. Alors qu’elles pourraient simplement dire : « c’est moi qui chanterai la prochaine chanson » en guise d’introduction, toutes les chanteuses font plutôt devant nous des déclarations personnelles, redondantes et incohérentes adressées à Dieu :

« Merci, Dieu, pour ta présence ce matin. Merci, car on t’appartient, ton nom est tellement grand et merveilleux. Viens parmi nous ce matin. » (Tout le monde applaudit devant ceci, qui semble être une sorte de témoignage.)

Deux ou trois chansons plus tard, c’est la fin de la louange et un autre pasteur embarque sur scène pour nous faire les annonces des événements à venir. Il s’adresse ensuite, encore une fois, au public non croyant :

« Je m’adresse aux nouveaux ici. Vous avez peut-être été touchés par le message ce matin. S’il vous plaît, ne sortez pas d’ici sans le GPS de la vie chrétienne [une bible]. Il y a des gens à la porte qui sont là tout juste pour vous en donner. Vous pouvez aussi vous inscrire à nos groupes Connexion, qui vous aideront dans votre progression avec Dieu. »

La salle se dissipe ensuite. Chacun part renouvelé en Jésus-Christ pour la semaine.

*

 

Au prochain article, je vous invite à assister à un dimanche matin très spécial : celui des baptêmes. 

No comments yet

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Gmap

CAPTCHA
This question is for testing whether or not you are a human visitor and to prevent automated spam submissions.
1 + 6 =
Solve this simple math problem and enter the result. E.g. for 1+3, enter 4.