Récit d'une infiltration à Axe21, une église contemporaine: Dieu n’est pas mort ! Et ce sont eux qui le ressuscitent…

Auteur: 
Joel Ladry, étudiant en Sciences, lettres et arts

Observer de l'intérieur

Jusqu’à 16 ans, j’étais moi-même membre de la communauté religieuse évangélique. Elle me semblait contraignante et inintelligente. Ayant maintenant perdu ma frustration à l’égard de la foi évangélique, j’ai tout de même conservé un intérêt à l’égard du fonctionnement de l’institution qui la prône. C’est pourquoi, dans le cadre d’un projet intégrateur de niveau collégial, j’ai mené un projet d’observation participative — pendant plus d’un mois ! — au sein d’Axe21, une église évangélique à sherbrooke.

Peu de gens aiment qu’on critique leurs valeurs ou celles des institutions auxquelles ils sont affiliés. C’est pourquoi je pense qu’avant de proposer au lecteur mes observations critiques quant à l’église que j’ai étudiée, j’ai une certaine obligation à me justifier. Après tout, pour en arriver aux résultats que j’ai obtenus, j’ai dû faire ce qu’Erving Goffman, grand sociologue canadien, appelle du maniement des impressions.

En gros, cela signifie que je me suis fait passer pour autre que la personne que je suis. Nous le faisons tous, tous les jours, selon les contextes dans lesquels nous nous trouvons, selon les acteurs sociaux qui nous entourent, selon les scénarios socialement préécrits auxquels nous voulons nous conformer…

Seulement, dans mon cas, cela pourra sembler particulièrement malhonnête : j’ai fait croire à ces gens que je m’intéressais à ce qu’ils me disaient puisque j’entretenais un certain désir de me convertir, alors que je leur adressais la parole pour analyser les interactions qu’ils mettraient en place pour faciliter la conversion d’une personne dans ma situation.

La place de la religion

La personne qui examine la place de la religion au Québec ne pourra que constater une très progressive mort du catholicisme… Moins de 60 % des Québécois d’aujourd’hui se disent catholiques. Parmi ceux-ci, seulement 32 % affirment que c’est parce qu’ils ont la foi[1]. Les autres affirment que c’est parce qu’ils ont été baptisés ou parce que leurs parents le sont… Quelles raisons !

Cependant, même si le déclin du catholicisme signifie une perte d’importance du christianisme sur la scène religieuse québécoise, on ne peut dire que le christianisme est en train de disparaître au Québec. Ce serait ignorer la croissance remarquable des courants évangéliques protestants, qui ont su mieux s’adapter aux réalités du monde contemporain. Selon Frédéric Castel (2017), les courants évangéliques sont chefs de file dans la conversion religieuse alternative au catholicisme, avec 50 000 nouveaux convertis entre 1964 et 2001[2] !

Parmi les évangélistes

Jusqu’à 16 ans, j’étais moi-même membre de cette communauté religieuse. Mon père fait partie de cette masse de gens qui se sont détournés du catholicisme pour trouver une foi nouvelle, plus juste et authentique à leurs yeux, et surtout, mieux adaptée au monde moderne.

Comme le christianisme ne faisait pas l’unanimité dans ma famille, j’ai toujours eu des réserves quant à cette foi. Elle me semblait contraignante et inintelligente. Vous voudriez un exemple ? En voici un.

À l’âge de 16 ans, j’avais une nouvelle copine dans la communauté évangélique. La première réaction de mon père lorsqu’il l’a appris n’a pas été de m’encourager dans cette initiation à la vie adulte. Il a plutôt joué sur un sentiment d’horreur face à l’avenir, entre autres face au péché que cela pourrait m’amener à commettre et face à la réaction qu’aurait le père de ma copine. Il m’a ensuite inscrit à des cours de fréquentation à l’église !

Bien sûr, ces cours n’étaient pas centrés sur la vie à deux et la communication interpersonnelle. Ils visaient à nous transmettre des modèles normatifs de comportement, issus directement de la Bible et des us et coutumes de la communauté évangélique américaine... Le livre au programme, I Kissed Dating Goodbye du pasteur américain Joshua Harris, commençait par questionner si on peut réellement parler d’amour entre des jeunes de 16 ans. C’était peut-être juste, mais ce n’est pas un bon prétexte à limiter l’expérimentation nécessaire à l’autonomisation par rapport à ses relations amoureuses ! Le livre posait ensuite qu’« une bonne chose au mauvais moment est une mauvaise chose » et récusait les fréquentations — et le sexe, bien sûr ! — lorsqu’on est jeune. Si on arrivait à braver toutes ces mises en garde, le pasteur affirmait que toute fréquentation doit se faire dans un seul et unique but… Vous l’avez deviné, le mariage ! Bref, c’était malaisant (si on me permet l’expression) d’être assis là, avec ma copine, devant des adultes qui entreprenaient de nous montrer comment doit se construire la vie à deux.

Enfin, ce n’est qu’un exemple du genre de choses qui ont expliqué mon détachement de la foi évangélique. On pourrait aussi explorer la pensée magique qu’elle propose toujours malgré « ce que la science pourra bien en dire » (notamment à l’égard de la Création) qui me déplaisait particulièrement…

En rupture

Après ma désaffiliation, j’ai vécu une période de frustration à l’égard de l’Église évangélique. Comme on s’en rendra compte en parlant à la personne moyenne qui ne porte pas la religion dans son cœur, il est très facile de se faire agressif envers la foi… C’est ignorer que la religion répond à des besoins fondamentaux chez plusieurs, notamment à travers l’identification à une entité plus grande que soi qu’elle offre. Cela a quelque chose de puissant, qui est digne d’un peu d’empathie !

Ayant maintenant perdu ma frustration à l’égard de la foi évangélique, j’ai tout de même conservé un intérêt à l’égard du fonctionnement de l’institution qui la prône. C’est pourquoi, dans le cadre d’un projet intégrateur de niveau cégépien, j’ai décidé de faire de l’observation participative — pendant plus d’un mois ! — au sein d’Axe21,une église évangélique sherbrookoise.

Je dirais que cela a été drôlement dérangeant de revisiter une institution qui a participé à ma socialisation, et ce, dès ma petite enfance ! J’ai pu revoir, d’un œil plus critique et encadré, comment on incite les gens au témoignage et à l’affiliation religieuse ; comment on y traite les jeunes, comment on les socialise à devenir de bons petits évangéliques… Cela a eu quelque chose de confrontant ! Par contre, tout cela m’a permis de revisiter et, surtout, d’analyser d’un œil sociologique et psychologique cette institution qui m’a tant marqué. J’ai même l’impression qu’en revisitant l’Église protestante, je suis arrivé à renouer avec mon propre passé…

Plus spécifiquement, dans le cadre de ce projet intégrateur, j’ai choisi d’examiner la mise en scène établie par Axe21 pour se rendre aussi attirante que possible envers le public québécois non-croyant. De plus, j’ai étudié un thème cher à cet établissement, et qui est le marqueur par excellence d’une affiliation à celui-ci : le baptême. De manière plus particulière, j’ai vérifié le bien-fondé d’une thèse favorite des représentants d’Axe21 au sujet de celui-ci, à savoir si c’est vraiment un acte libre et sans influence psychosociale extérieure à l’individu qui l’accomplit. Ce seront, respectivement, les sujets de mes deux prochains articles…

Apologie pour moi-même

À ceux qui critiqueraient ce que j’ai fait, je dirais que toute personne ou institution qui s’ouvre à l’interaction avec le grand public (p.ex. Donald Trump, Canadian Tire, Louis’ Luncheonnette, les réalisateurs de Star Wars...) s’ouvre aussi par là à la critique ! Or, cette église que je critiquerai a pour but premier avoué de faire un maximum de convertis : toute la mécanique qu’elle met en jeu auprès du grand public tend vers cet unique but !

Comme Axe21 veut faire des convertis en interagissant avec le grand public, elle doit aussi assumer que certains membres de ce grand public (moi, en l’occurrence) l’étudient et formulent des critiques à son égard. Ceux qui diraient le contraire devraient aussi refuser qu’on critique un film présenté au cinéma, ce qui est tout à fait absurde…

Par ailleurs, je dirais que rien de ce que je vais présenter ne se veut comme une incitation à détester Axe21. J’y pose simplement un regard critique, bien que subjectif, à l’aide des outils que m’a conférés ma formation en sciences humaines au Cégep de Sherbrooke.

À bientôt !

 

 



[1] Crevier, Alain, « La religion de moins en moins importante pour les Québécois », [site Internet], [http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/660136/religion-catholiques-sondage-..., (consulté le 14 avril 2017).

[2]Castel, Frédéric, « Conversions religieuses : d’une foi à l’autre », sur la page iciradio-canada.ca, [site Internet], [https://ici.radio-canada.ca/nouvelles/enprofondeur/societe/conversions-r..., (consulté le 3 mars 2017).

Commentaires

Portrait de .
Clap clap!

Bon article!! Hâte de lire la suite!

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