Faits alternatifs – la démocratie en danger

Auteur: 
Sachel Cardi-Bissonnette, étudiant en Arts, lettres et communication

Imaginez que vous êtes un.e journaliste invétéré.e invité.e à l’émission américaine Meet the Press sur NBC.

Vous avez récemment couvert un discours dans lequel Sean Spicer, le porte-parole de la Maison-Blanche de l’administration Trump, a affirmé que l’inauguration de Donald J. Trump avait attiré la plus grande foule jamais vue à une inauguration. C’est un mensonge ridicule, premièrement parce que c’est faux, vous dites-vous, mais aussi parce qu’il est très facile à démentir : il suffit de voir n’importe quel extrait vidéo de l’inauguration pour voir l’aspect très clairsemé de la « foule » présente.

Outre les extraits vidéo, il est estimé, en se fiant au trafic métro de Washington DC juste avant l’inauguration, qu’autour de 193,000 personnes ont visité l’inauguration, contre 317,000 en 2009 pour l’inauguration d’Obama. Le mensonge est presque mignon.

Animé.e par votre instinct de journaliste, vous vous rendez à Meet the Press avec la ferme intention de questionner la conseillère de Trump, Kellyanne  Conway, sur les mensonges répétés du président et de son porte-parole.

Le 22 janvier 2017, vous voilà en onde avec Mme Conway. Vous lui parlez des informations constamment erronées de la nouvelle administration et de sa perte de crédibilité. Elle vous répond : « Vous dites que ce sont des mensonges. Sean Spicer, notre porte-parole, a donné des…faits alternatifs…»

Estomaqué, vous la stoppez immédiatement. Vous lui dites : « Attendez un peu, des faits alternatifs? Les faits alternatifs ne sont pas des faits. Ce sont des faussetés. »

Imaginez tout cela, et vous aurez une idée de comment s’est senti Chuck Todd, journaliste à Meet the Press. La nouvelle administration a ouvertement et publiquement cautionné le mensonge.

Ce qui est cool avec les faits alternatifs, c’est que comme ils sont alternatifs, on peut les inventer de toutes pièces. Si quelqu’un vous accuse de vous trumper (oui, le jeu de mot est intentionnel, frappez-moi plus tard), dites à cette personne que vos faits sont simplement des faits alternatifs. Si cette personne ne vous lâche toujours pas, bombardez donc la Syrie, elle devrait changer de disque.

Pour votre divertissement, voici une belle petite liste des faits alternatifs de l’administration Trump de son inauguration à aujourd’hui :

Fait alternatif : L’inauguration de Trump attira la plus grande foule jamais vue pour une inauguration

Réalité : (voir plus haut)

Fait alternatif : Trump est sans doute l’humain ayant le plus souvent fait la Une du Time Magazine new-yorkais, soit 14 ou 15 fois.

Réalité : Trump a fait la Une du Time Magazine 11 fois. Le record est détenu par Richard Nixon, 37e président des États-Unis, avec 55 Unes le représentant. Hillary Clinton détient le double des Unes de Trump, avec 22 apparitions.

Fait alternatif : 3 à 5 millions de votes illégaux ont été donnés en faveur de Clinton aux dernières élections, expliquant sa majorité numérique.

Réalité : L’affirmation est basée sur une étude Pew de 2012 sur les erreurs de registrariat concernant les élections. L’étude ne fait aucune mention de fraude électorale, et se concentre plutôt sur les imperfections du système de registrariat américain, problèmes qui concernent 24 millions de personnes, soit à peu près un huitième des gens pouvant voter légalement aux États-Unis.

Fait alternatif : Barack Obama n’est pas américain. Son certificat de naissance est une fabrication mensongère.

Réalité : Obama a présenté son certificat de naissance à deux reprises, démontrant que selon ses documents, il est né à Honolulu, Hawaï, territoire américain. En 2011, la reporter américaine Suzanne Malveaux a réalisé un documentaire présentant des entrevues avec divers Hawaïens ayant connu Obama dans sa jeunesse sur l’île.

Fait alternatif : « La NSA (National Security Agency) et le FBI (Federal Bureau of Investigation) disent au Congrès que la Russie n’a pas influencé le processus électoral. » (Trump, tweet, 20 mars 2017)

 

Réalité : Trump utilise comme preuve une séquence vidéo de l’enquête, au Congrès, sur la possible ingérence des Russes aux dernières élections. Durant cette séquence vidéo ( http://www.politifact.com/truth-o-meter/statements/2017/mar/20/donald-trump/trumps-false-tweet-nsa-fbi-said-russia-did-not-inf/ ), des représentants de la NSA et du FBI, quand on leur demande s’ils ont des preuves que la Russie a influencé le décompte des votes, répondent « non. » Cependant, il y a bien des manières d’influencer le processus électoral sans intervenir directement dans le décompte des votes, comme par exemple par un financement illégal, de l’espionnage, de la publicité, etc. 

Commentaires

Portrait de Donald Trump
Fake news

You liberal media and your fake news !

The media is all biased against me, but who needs them anyway ! I'm Donald Trump !

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