Dénonciations du viol: quand le cinéma reste muet

Auteur: 
Félix Arel, Arts, lettres et communication

 

Les nouveaux développements dans l’affaire Polanski se doivent de marquer un changement d’attitude face à la culture du silence qui perdure dans l’industrie du cinéma, où on glorifie trop souvent des hommes au passé sexuel obscur. 

À la suite de nombreuses demandes d’associations féministes, le célèbre réalisateur Roman Polanski a annoncé qu’il ne présiderait pas la 42e  cérémonie des Césars, gala ayant comme but de récompenser les artisans du cinéma francophone. En effet, Polanski est une figure très controversée dans le monde du cinéma depuis 1977, après que le réalisateur ait fuit les États-Unis où on l’accusait du viol de Samantha Geimer, alors âgée de 13 ans.

Il ne s’agit pas la première fois que Polanski souffre des conséquences de ces accusations, mais ces nouveaux développements se doivent de marquer un changement d’attitude face à la culture du silence qui perdure dans l’industrie du cinéma. Il est inacceptable que Polanski ait été considéré pour la présidence de ce gala en connaissance des accusations pesant contre lui. Il est le devoir de l’industrie du cinéma de cesser la glorification d’hommes accusés de viol.

Roman Polanski est loin d’être le seul réalisateur à avoir fait face à de telles accusations. Par exemple, le réalisateur Bryan Singer, connu pour avoir dirigé et produit les populaires films X-Men, a été poursuivi en justice par un homme l’accusant de l’avoir drogué et agressé lors d’une fête hollywoodienne, alors qu’il n’avait que 15 ans.

Toutefois, tout comme Polanski, Singer n’a jamais été puni par la loi à la suite de ces accusations et continue de produire des films à grands budgets.  Parmi d’autres figures célèbres de cinéma accusés de viol, on retrouve le réalisateur Woody Allen, ainsi que le comédien Casey Affleck, tous deux considérés comme des hommes très talentueux dans leurs domaines.

Il semblerait que l’industrie du cinéma accorde très peu d’importance à ces accusations pourtant très graves. Bien qu’Hollywood n’ait jamais pardonné ces gestes allégués, son silence banalise l’importance de ces dénonciations, créant ainsi une culture du silence, où les victimes d’actes d’agression n’osent pas prendre la parole par peur que leur cause ne soit pas entendue ou même que leurs accusations soient gardées sous silence.

En effet, l’industrie du cinéma est très compétitive; peu parviennent à y travailler et ceux qui réussissent doivent savoir conserver leur position dans l’industrie. Cette forte compétition peut être très nuisible lorsqu’une victime tente de déposer une plainte contre une figure importante du cinéma, car la controverse créée par de tels événements peut pousser des studios cinématographiques à rejeter la victime par crainte de s’associer à cette controverse. Dans un tel environnement, où les dénonciations freinent les carrières et, même lorsqu’elles sont déposées, sont rapidement oubliées, plusieurs victimes n’osent pas briser le silence.

Toutefois, la récente vague de dénonciations portées à l’égard de Roman Polanski n’est pas, là non plus, la seule de sa catégorie. De plus en plus, des victimes d’agressions sexuelles à Hollywood parviennent à raconter leurs histoires et à dénoncer leurs agresseurs.

Le scandale autour du célèbre humoriste Bill Cosby, qui a avoué avoir utilisé des sédatifs pour avoir des relations sexuelles avec des femmes parfois mineures, en est un exemple fort. Bien que Cosby n’ait pas été puni au niveau judiciaire, ses actions ont été dénoncées à l’international, mettant ainsi fin à sa longue carrière.

Plus localement, ce vent de changement est incarné par l’affaire Claude Jutras. Peu de temps après la sortie d’accusations de viol contre le cinéaste, décédé en 1986, des rues, prix et œuvres portant son nom ont été renommées ou même retirés. 

L’industrie du cinéma se doit d’adopter une telle attitude face à des agresseurs connus, comme Roman Polanski, et se devra de l’adopter dans le futur. Le cinéma possède une influence considérable sur l’opinion publique partagée par une société et les valeurs qui lui sont importantes. C’est pourquoi l’industrie du cinéma se doit de montrer l’exemple. Elle se doit de dénoncer les violences sexuelles et, surtout, se doit d’arrêter de célébrer des œuvres produites par des agresseurs sexuels comme Roman Polanski.

Texte et caricature de Félix ARel - Cet article a été créé dans le cours Langue et communication

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